Sur le chemin de l’indépendance, vivre dans la dignité

À Madagascar, les obstacles pour atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes semblent presque insurmontables. Les femmes et les jeunes filles sont les premières frappées par la pauvreté, les discriminations et l’exploitation. Elles évoluent au sein d’une société profondément patriarcale qui continue d’alimenter les stéréotypes et des normes socioculturelles pesantes, freinant leurs perspectives d’avenir et les écartant de la vie politique et économique.  Les recherches démontrent que Madagascar est aussi l’un des pays les plus touchés par les violences sexuelles au monde. On estime qu’une Malgache sur trois, âgée de 15 à 49 ans, a déjà subi au moins une forme de violence sexiste ou sexuelle au cours de sa vie. 

Les soeurs du Bon Pasteur, qui œuvrent auprès des communautés locales à travers l’île depuis plus de 40 ans, affrontent ces injustices et ces inégalités de plein front. Leurs programmes offrent protection, soutien psychosocial, aide économique et éducation, aidant ainsi les femmes et les filles en situation de vulnérabilité à s’extraire du cycle intergénérationnel de l’isolement et de l’exploitation. 

À Antsirabe, les soeurs accompagnent des femmes et des jeunes qui ont été confrontées à la violence et à l’exclusion, et qui se retrouvent souvent en situation de dépendance financière. Pour changer cette réalité, notre projet d’autonomisation économique permet aux participantes de suivre des formations professionnelles en boulangerie, ainsi qu’en fabrication de savon, de bougies et de vin, leur donnant ainsi les compétences nécessaires pour lancer leur propre petite entreprise.  Cette formation est la première étape de leur cheminement vers l’indépendance économique, un chemin que les soeurs s’engagent à parcourir à leurs côtés. En plus de l’apprentissage technique, les participantes reçoivent une formation en éducation financière, elles y apprennent à lire, à écrire, à établir un budget, à investir et à épargner, afin de mieux gérer leurs dépenses et de gagner en assurance lorsqu’elles sont confrontées à l’exercice. 

Harsua, une jeune mère de trois enfants, fait partie des participantes dont la vie a totalement changé depuis sa rencontre avec les soeurs du Bon Pasteur. Grâce à la formation en arts culinaires et en entrepreneuriat proposée par les soeurs, elle a appris à confectionner des gâteaux, des brioches et d’autres pâtisseries, et elle dirige aujourd’hui une petite activité florissante. Auparavant, elle gagnait sa vie en revendant des collations et des repas légers achetés à d’autre, une activité précaire qui lui offrait peu de stabilité. Désormais, Harsua ne s’inquiète plus de l’avenir car elle peut subvenir aux besoins de sa famille et investir dans l’éducation et le bien-être de ses enfants, tout en réalisant ses propres aspirations. Reconnaissante pour l’accompagnement et le soutien bienveillant dont elle a bénéficié, elle fait la promotion du programme de formation du Bon Pasteur et encourage les femmes de sa communauté à suivre ce même chemin vers l’autonomie et l’indépendance. 

À une centaine de kilomètres d’Antsirabe, à Antananarivo, la capitale de Madagascar, le Centre Fihavanana du Bon Pasteur aide des centaines de jeunes filles à construire leur avenir , en leur apportant les connaissances nécessaires pour prendre des décisions réfléchies sur leur propre vie. Le centre accueille des élèves jusqu’à la classe de 7e et mène un important travail de sensibilisation pour les protéger des dangers tels que le mariage des enfants et les violences physiques. À Madagascar, près de 40 % des filles se marient ou cohabitent avant l’âge de 18 ans, et beaucoup sont victimes de violences de la part des hommes qu’elles ont été contraintes d’épouser. La pauvreté, les inégalités de genre et certaines pratiques sociales traditionnelles font encore du mariage forcé l’une des violations des droits des femmes les plus répandues dans le pays. Au Centre Fihavanana, les jeunes filles de 15 à 18 ans suivent une formation pensée pour prévenir les mariages précoces, les grossesses non désirées et les abus sexuels, leur permettant ainsi de connaître leurs droits, d’identifier les situations à risque et de solliciter de l’aide en cas de besoin. 

À Morondava, sur la côte ouest du pays, les soeurs du Bon Pasteur soutiennent les femmes pêcheuses pour leur permettre d’accéder à un revenu digne et de renforcer leur résilience. La pêche est une source de revenus cruciale pour la communauté locale, mais les pêcheurs et particulièrement les femmes font face à de nombreux défis dans l’exercice de leur activité. La plupart travaillent de manière informelle, sans contrat ni protection sociale, et présentent un faible niveau d’instruction, ce qui limite leur accès à d’autres emplois, à la formation et aux services financiers. Les pêcheurs artisanaux utilisent des outils obsolètes et des pratiques non durables, se livrant à une activité à faible productivité ; les femmes, en particulier, manquent d’équipements modernes en raison d’une épargne plus faible et d’un accès limité au crédit et aux informations financières. Pour améliorer les conditions de vie de ces femmes, les sœurs et leurs partenaires ont récemment lancé un projet ambitieux qui combine formation aux techniques de pêche durable, éducation financière, accès à des systèmes d’épargne et formation professionnelle dans des activités alternatives, telles que le tissage, la couture, la pâtisserie et l’élevage. Les femmes acquerront de nouvelles compétences pour diversifier leurs sources de revenus et augmenter la productivité de leur activité grâce à un matériel de pêche modernisé et des pratiques plus durables, tout en apprenant à gérer leurs ressources financières, à investir et à planifier pour l’avenir. Parallèlement, le projet encourage le leadership féminin en incitant certaines participantes à devenir des éducatrices au sein de leur communauté. Cela fait d’elles des actrices du changement, capables d’influencer les prises de décision communautaires et de servir de modèles pour les autres femmes et jeunes filles de la région. 

Ces projets ne sont que quelques exemples de la manière dont le changement prend racine à Madagascar. Bien que chaque projet soit unique, tous sont conçus pour s’attaquer aux causes structurelles des inégalités et donner aux femmes et aux filles les moyens de devenir les actrices de leur propre transformation. En associant protection, éducation, autonomisation économique et soin, les soeurs du Bon Pasteur aident les femmes et les jeunes filles en situation de vulnérabilité à se réapproprier leurs droits, leur voix et leur confiance en elles. Bien que la route soit encore longue, GSIF et ses partenaires s’engagent à poursuivre leurs efforts auprès des participantes, guidés par les valeurs de compassion et de solidarité, piliers de notre mission commune.