Alors que les jeunes sont à l’avant-garde de l’adoption et de l’innovation numériques, de grandes disparités persistent, en particulier dans les pays à faible revenu et parmi les femmes et les filles, qui ont moins accès à internet et aux compétences numériques que leurs homologues masculins. La recherche collaborative « How are the Girls? * », menée en 2021 au Népal, au Soudan du Sud, au Pérou, en Inde, en Équateur et au Kenya, est arrivée à la même conclusion : les filles ratent des opportunités d’accès à l’éducation à cause d’un accès limité à la technologie et aux outils numériques et du manque de compétences nécessaires pour les utiliser. S’appuyant sur les résultats de cette recherche, le projet « Observatoire multi-congrégationnel pour l’avancement des droits des filles » a mis en œuvre des activités dans les six pays cibles afin de faciliter l’accès à un apprentissage numérique de qualité, et de donner aux filles les compétences nécessaires pour naviguer sur Internet de manière efficace et en toute sécurité :
Tout au long de l’année 2024, les écoles et les centres des différents sites du projet ont été équipés d’ordinateurs portables, de tablettes et de routeurs wifi. Grâce à des formations à la culture numérique, les participantes ont appris à utiliser ordinateurs portables et programmes numériques, depuis les bases de la gestion et de l’envoi de mails à la navigation sur internet et l’utilisation de Microsoft Suite et d’autres outils technologiques. A la suite de ces sessions, les filles se sentent plus autonomes et à égalité avec les autres jeunes du monde entier car désormais capables d’utiliser des ordinateurs pour apprendre et accéder à leurs droits. Les enseignants et le personnel ont également été formés à l’utilisation de la technologie et d’appareils numériques afin de dispenser des cours en ligne et hybrides de manière assurée. Des programmes sur mesure ont spécialement été conçus pour répondre aux besoins spécifiques et combler les lacunes des enseignants, comme en Inde par exemple: les filles étaient familières avec l’usage des réseaux sociaux alors que leurs professeurs ne disposaient pas des compétences techniques nécessaires pour mener des activités hybrides, en présentiel et distanciel.

Internet peut être un environnement hostile pour les femmes et les jeunes filles. Les recherches montrent qu’elles sont 27 fois plus susceptibles d’être harcelées en ligne que les hommes. Le fait d’être exposé à des flots d’insultes, de discours haineux et de menaces en ligne décourage l’utilisation de la technologie et a un impact négatif sur le bien-être des filles, provoquant état dépressif, faible estime de soi et retrait social. Pour prévenir la violence en ligne, les jeunes filles ont appris à identifier et à traiter les cas de cyberintimidation et d’harcèlement sexuel en ligne, et à se protéger contre ces menaces. Les sessions de formation et de sensibilisation n’étaient pas limitées aux élèves : les enseignants y ont également participé afin de fournir à toutes les parties prenantes les outils nécessaires pour agir en tant qu’utilisateurs responsables et créatifs et ne pas tomber dans des dynamiques négatives en ligne.

Il est important d’autonomiser et de former les jeunes filles, mais cela ne suffit pas à garantir leur bien-être et leur protection en ligne. C’est pourquoi les parents et tuteurs ont également été impliqués dans des activités de sensibilisation afin d’obtenir un changement de mentalité à l’égard de la technologie. Par exemple, au Sud-Soudan, les parents – d’abord hésitants – ont compris l’opportunité que cela représentait pour leurs filles d’acquérir de nouvelles compétences informatiques. Ils étaient alors prêts à les soutenir dans leur formation et ont contribué à la création d’un environnement plus favorable à l’apprentissage.
L’une des autres composantes essentielles du projet était la formation au plaidoyer : un groupe de 13 jeunes a été formé à la prise de parole en public, à l’écriture et au plaidoyer sur la défense des droits de l’homme. La formation s’est achevée par un webinaire en ligne organisé à l’occasion de la Journée internationale des droits humains en décembre 2024, au cours duquel certaines filles de l’équipe de plaidoyer ont partagé leurs points de vue sur les thèmes de l’éducation numérique, de la sécurité en ligne et de la santé mentale devant un public international.

Dans l’ensemble, le projet « Observatoire multi-congrégationnel pour faire progresser les droits des filles » s’est avéré être une expérience unique : il a non seulement permis aux filles d’acquérir des compétences numériques et professionnelles, mais il leur a également donné les moyens de se protéger contre les menaces en ligne et de défendre leurs droits. En favorisant l’apprentissage entre pairs et le partage des connaissances au sein de leurs communautés, le projet a renforcé les liens entre participants et participantes, et a créé un sentiment de communauté et de soutien mutuel. Les filles représentent l’avenir de la société, il est donc essentiel de leur donner les moyens d’exercer pleinement leurs droits dans un espace en ligne sûr. Veiller à ce que tous les jeunes aient les mêmes chances d’exploiter le pouvoir de la technologie numérique n’est pas seulement une question d’équité, mais une nécessité pour le développement d’une société durable.
* “How are the girls?” est une étude sur les droits des filles au cours de la pandémie deCOVID19, menée en collaboration avec les sœurs salésiennes, les sœurs du Bon Pasteur, les sœurs Missionnaires Comboniennes et les sœurs de Notre Dame des Missions.

