Par Onalie De Silva, GSIF Manager régional pour l’Asie-Pacifique
L’éducation est un droit fondamental. Tout enfant a le droit à l’éducation et à l’apprentissage, indépendamment de son genre, de son milieu social, de sa caste, de sa race ou de sa religion. Malheureusement, la réalité est loin de correspondre à cet idéal. L’éducation est souvent un luxe, un rêve et un désir impossible à réaliser pour de nombreux enfants issus de contextes fragiles à travers le monde. En Asie-Pacifique, des millions d’enfants sont en situation de vulnérabilité, vivent dans l’extreme pauvreté, dans des communautés marginalisées, des zones touchées par la guerre, sont en situations de prostitution et de trafic, astreints au travail des enfants, déplacés internes à cause de la guerre, de conflits et catastrophes naturelles, ou victimes d’autres formes de violence et de maltraitance. Selon les statistiques de la Banque mondiale, l’Asie du Sud comptait à elle seule 62 millions d’enfants vivant dans l’extrême pauvreté en 2022. En 2020, l’Organisation internationale du travail estimait que 23,6 millions d’enfants étaient astreints au travail des enfants en Asie du Sud. Ce ne sont pas seulement de chiffres. Ce sont des espoirs, des désirs et des rêves d’enfants qui aspirent à un avenir meilleur. Dans ce contexte, l’éducation est un outil essentiel pour offrir aux enfants une meilleure protection et la possibilité d’un avenir meilleur. Cependant, l’accès à l’éducation varie considérablement d’un enfant à l’autre, principalement en fonction de son milieu socio-économique et de son genre.
Inégalités de genres dans le domaine de l’éducation

Le niveau d’éducation en Asie-Pacifique est bien plus élevé que dans d’autres régions du monde telles que l’Afrique et l’Amérique latine. Cependant, l’égalité de genres dans l’éducation reste un enjeu fondamental dans de nombreux pays d’Asie-Pacifique. Les données de la Banque mondiale sur le nombre d’enfants non scolarisés indiquent clairement que la plupart des pays d’Asie-Pacifique, tels que l’Inde, le Pakistan, l’Indonésie, le Népal et la Thaïlande, comptent plus de filles non scolarisées que de garçons. Qu’est-ce qui explique cette disparité ? Pourquoi les filles sont-elles plus nombreuses à ne pas aller à l’école ou à décrocher que les garçons ? Les services sociaux de la mission du Bon Pasteur en Asie-Pacifique apportent quelques éclaircissements à ces questions.
Bien que nous vivions à l’ère de l’intelligence artificielle et des technologies révolutionnaires, des millions de petites filles sont encore aujourd’hui victimes de mariage forcé, de traite, de prostitution et différentes formes d’exploitation sexuelle. La protection des enfants, en particulier des filles, est au coeur de la mission du Bon Pasteur en Asie-Pacifique et passe par des services d’éducation et d’autonomisation. Dans des pays comme le Sri Lanka et l’Inde, de nombreuses filles manquent l’école au moins quatre jours par mois pendant leurs règles. Cela peut représenter entre 40 et 50 jours d’absence au cours d’une année scolaire simplement parce qu’elles sont nées filles. Le manque d’accès à l’eau potable et l’absence de toilettes les contraignent à sécher l’école les jours où elles ont leurs règles.
En outre, les croyances culturelles des parents liées aux menstruations obligent les filles à rester à la maison les jours où elles ont leurs règles. Une fois de retour à l’école, elles sont humiliées et montrées du doigt par les garçons dans les classes mixtes, ce qui ne fait que renforcer leur détresse psychologique. De plus, ayant raté plusieurs jours de cours à cause de leurs règles, elles doivent rattraper leur retard. Souvent, elles n’y parviennent pas et poursuivent les cours. Ainsi, la triste réalité est que la possibilité pour une fille d’accéder à l’éducation et d’en profiter diffèrent largement de celle d’un garçon, même s’ils sont dans la même salle de classe.
Les perceptions culturelles et traditionnelles sur les filles contribuent encore davantage à l’inégalité entre les sexes dans l’éducation. Les valeurs et les attitudes patriarcales de la société considèrent encore majoritairement le rôle de la femme comme celle de mère et épouse. Par conséquent, l’éducation des enfants et les tâches ménagères sont toujours considérées comme la principale responsabilité des femmes au sein du foyer. Cette perception des rôles genrés contribue à ce qu’on retire les filles de l’école pour qu’elles se marient ou aident aux travaux ménagers tandis que leurs frères continuent à aller à l’école. De nombreux parents pensent encore qu’il est plus rentable d’éduquer les garçons que les filles. L’éducation des garçons aidera la famille à gagner plus d’argent à l’avenir, alors que les filles ne pourront pas en faire autant car elles doivent être mariées et s’occuper du foyer et des enfants de leur mari. Telle est la triste réalité dans des pays comme l’Inde, le Pakistan, le Népal et même le Sri Lanka, où le niveau d’éducation des filles est supérieur à celui des garçons, mais où la participation des femmes au marché du travail est inférieure à celle des hommes.
Le mariage d’enfants, en particulier de jeunes filles, est encore uneven triste réalité, l’Asie du Sud affichant les taux les plus élevés de mariages d’enfants selon les données de l’UNICEF de 2014. L’Inde, le Népal et le Bangladesh sont classés parmi les 10 pays ayant les taux de mariage d’enfants les plus élevés au monde, l’Inde comptant à elle seule plus de 307,3 millions de filles qui ont été mariées avant l’âge de 18 ans, selon les données de l’UNICEF en 2024. Il est donc évident que l’égalité en matière d’éducation est remise en cause non seulement par le manque d’infrastructures et d’équipements permettant aux filles de poursuivre leurs études, mais aussi par des attitudes, des valeurs et des croyances qui ont largement empêché les filles de briser le plafond de verre, mais aussi simplement de s’apercevoir qu’il existait un plafond.
Autonomiser les communautés pour un meilleur accès à l’éducation

Les Sœurs du Bon Pasteur et leurs partenaires en mission en Asie-Pacifique gèrent de vastes programmes de sensibilisation, de formation et d’éducation non formelle afin de garantir un meilleur accès à l’éducation pour les enfants, en particulier les filles, en situation de vulnérabilité. Alors que les programmes d’éducation permettent de garantir un accès à l’éducation aux enfants qui sont autrement exclus de l’école, les programmes de sensibilisation et de formation ont pour but d’éduquer et responsabiliser les parents, les enseignants et les dirigeants communautaires sur les droits de l’enfant, sur l’importance de l’éducation pour les filles et sur la responsabilisation de la communauté afin de garantir que les enfants soient en mesure d’accéder à l’éducation, quel que soit leur genre.
Au fil des ans, la mission du Bon Pasteur s’est efforcée avec beaucoup de zèle de mettre en place des systèmes holistiques de protection de l’enfance au niveau communautaire dans la région Asie-Pacifique, en réunissant des acteurs multidisciplinaires et multisectoriels susceptibles de jouer un rôle dans la protection des enfants. Grâce à ces efforts, des milliers d’enfants, de parents, d’enseignants, de dirigeants communautaires, de responsables et bien d’autres ont été formés, engagés et responsabilisés pour garantir la protection des droits des enfants, et en particulier des filles, dans des pays tels que le Pakistan, le Népal, l’Inde, le Sri Lanka, la Malaisie, la Thaïlande, le Viêt Nam, le Myanmar, l’Indonésie et les Philippines. L’éducation est un droit pour chaque enfant, il est du ressort de chacun de veiller à ce que chaque enfant puisse profiter du droit à l’éducation, du droit d’apprendre et du droit d’accéder à des opportunités susceptibles d’élargir ses horizons.
